«Être différent» aux CFF

Pas de discrimination au travail: les CFF accordent une grande importance à ce principe. Mais dans la réalité, les homosexuels sont-ils acceptés et traités avec respect? Sven Trachsel et Angela Lannutti témoignent.

Le 11 octobre est la Journée internationale du coming out. Sven Trachsel et Angela Lannutti ont déjà communiqué ouvertement leur orientation sexuelle à leurs collègues – et ils n’ont pas eu à le regretter.
Le 11 octobre est la Journée internationale du coming out. Sven Trachsel et Angela Lannutti ont déjà communiqué ouvertement leur orientation sexuelle à leurs collègues – et ils n’ont pas eu à le regretter.

    Un chef homo, est-ce que cela peut bien fonctionner? Oui, et comment! C’est du moins ce que pense un collaborateur de Sven Trachsel. «Tu es un chef juste», a-t-il fini par lui déclarer tout en avouant son scepticisme initial. Sven Trachsel, 30 ans, est chef du personnel des trains à Olten, il dirige 25 collaborateurs et il est homosexuel. Il ne cache pas son orientation sexuelle. «Je ne la crie pas pour autant sur les toits», ajoute-t-il. Cette stratégie a toujours bien fonctionné, dans le privé comme aux CFF.

     

    Pas de censure

    Sa famille a su très tôt. «Mon orientation sexuelle n’a jamais été un problème pour mes parents», confie-t-il. Il s’est toujours senti accepté tel qu’il était. Même sa grand-mère a fait preuve d’une grande ouverture d’esprit. «Sven Epiney est bien homosexuel, et c’est un type super», a-t-elle fait remarquer en référence à l’animateur vedette alémanique. Ce n’est que plus tard que le jeune homme a pris conscience que tous n’avaient pas eu la même chance que lui.

    Sven Trachsel, chef du personnel des trains à Olten, lors d’un entretien avec un collaborateur.

      Aux CFF, Sven Trachsel a fait son coming out dès son apprentissage d’employé de commerce en transports publics. Aujourd’hui, son homosexualité n’est pratiquement un secret pour personne: on le décrit parfois comme «le gars aux cheveux blonds qui est homo». Les mauvaises expériences lui ont été épargnées. Son homosexualité n’est donc pas taboue, au contraire: on l’aborde régulièrement à ce propos, y compris des membres du personnel des trains. «Certains peuvent être très directs. Mais j’apprécie leur franchise.»

       

      Quand on entend Sven Trachsel parler de son travail aux CFF, il n’y a pas l’ombre d’un doute: cet homme s’investit pleinement dans son métier et dans son rôle de supérieur. Pour lui, il est donc important que la tolérance aux CFF ne soit pas un vain mot et que tous les collaborateurs dont l’orientation sexuelle n’est pas conforme au schéma traditionnel soient bien acceptés. En tant que membre du groupe central du réseau interne «QueerNet CFF» (voir encadré à la fin de l’article), il s’engage dans ce sens.

      Certains peuvent être très directs. Mais j’apprécie leur franchise.

      Sven Trachsel

      Le poids des traditions

      Angela Lannutti a eu plus d’obstacles à surmonter que Sven Trachsel. Cette coach Kaizen de 48 ans travaille chez Mise à disposition des trains à Lausanne. Il lui a fallu des années pour s’avouer son homosexualité. Le milieu dans lequel elle a grandi, très religieux, n’y est pas étranger: «Quand j’étais petite, il n’était pas envisageable qu’une femme ait un autre rôle dans la société que celui de mère au foyer.» Angela Lannutti s’est donc mariée et a fondé une famille. Mais elle n’a jamais été heureuse. Il y a une dizaine d’années – son fils avait 12 ans –, elle est tombée amoureuse d’une femme. Elle se souvient: son coming out n’a pas complètement surpris sa famille. «C’était plutôt comme si les malaises qui s’étaient accumulés avec le temps trouvaient enfin une explication.»

       

      Un coming out maintes fois reporté

      Dans son ancien emploi – Angela Lannutti, son ex-mari et sa compagne actuelle travaillaient tous les trois à La Poste –, ses collègues étaient au courant de la nouvelle constellation. «Tout le monde a réagi avec une grande ouverture d’esprit, tout s’est passé très naturellement.»

      Angela Lannutti est coach Kaizen au centre d’entretien de Bienne.

        Quand Angela Lannutti est entrée aux CFF, il y a quatre ans, elle a préféré ne pas dévoiler son orientation sexuelle d’emblée. Or précisément au moment où, une fois les six premiers mois écoulés, elle se sentait prête à faire son coming out, des remarques homophobes ont été prononcées dans son environnement de travail. Elle a donc reporté (à plusieurs reprises) sa révélation à plus tard. Une situation pénible, mais supportable. «Je devais toujours trouver des formulations neutres quand je parlais de mes loisirs et de ma famille», se souvient-elle. En privé, au moins, la transparence était de mise. Finalement, il y a un peu plus d’une année, Angela Lannutti a saisi l’occasion de son deuxième mariage – auquel son ex-mari a été l’un des témoins – pour évoquer sa vie privée au travail. Les réactions ont été positives, voire amusantes: «Tu nous le dis enfin, nous pouvons maintenant t’avouer à notre tour que nous le savons depuis longtemps». Les langues s’étaient enfin déliées.

        Je devais toujours trouver des formulations neutres quand je parlais de mes loisirs et de ma famille.

        Angela Lannutti

        Pour Angela Lannutti, il est important que les CFF soutiennent officiellement les collaboratrices lesbiennes et les collaborateurs gays et qu’ils condamnent les discriminations. Elle voit un potentiel d’amélioration dans des questions tout à fait pratiques. Exemple: «Quand j’ai demandé si les collaborateurs homosexuels avaient eux aussi droit à trois jours de congé lorsqu’ils se mariaient, on n’a pas su quoi me répondre au début.»

        Journée du coming out

        La Journée internationale du coming out a lieu chaque année, le 11 octobre, depuis 1988. Elle a notamment pour objectif d’encourager les gays, les lesbiennes, les bisexuels, les transgenres et les autres minorités du genre (LGBT+) à communiquer publiquement leur orientation et leur identité sexuelles, pour autant qu’ils se sentent prêts à le faire. Car un rapport ouvert avec l’homosexualité et la transidentité est l’une des meilleures armes contre l’homophobie et la transphobie.

        Lors de la «pride ouest», un groupe du réseau «QueerNet» affiche la tolérance des CFF vis-à-vis de tous leurs collaborateurs, sans distinction.

          Réseau interne

          Les intérêts des collaboratrices et des collaborateurs des CFF qui sont lesbiennes, gays, bisexuels, transgenres ou intersexuels («LGBTI») sont représentés depuis une année par le réseau interne «QueerNet CFF». Le groupe a pour but d’encourager le réseautage et l’échange d’expériences entre les collaborateurs. Il publie notamment une newsletter qui aborde différents sujets d’intérêt pour la communauté LGBTI. Toute personne peut s’inscrire dans la liste de diffusion.

          Le réseau souhaite par ailleurs explicitement ouvrir le dialogue avec les collaborateurs hétérosexuels. «QueerNet CFF» se considère comme le centre de compétences des questions portant sur les relations avec les personnes d’orientation et d’identité sexuelles différentes. «QueerNet CFF» entretient également des contacts avec des réseaux externes, notamment avec Pink Rail.

          Alexander Meier, membre de l’équipe centrale «QueerNet CFF», cite, à titre d’exemple d’activité, la participation à la «pride ouest» de Berne: pour la première fois, un groupe a défilé avec des t-shirts CFF. Un signal important: «Cette présence nous a permis de montrer publiquement que les CFF sont un employeur qui affiche sa tolérance vis-à-vis de tous les collaborateurs, sans distinction», précise Alexander Meier.

          Judith Renevey, spécialiste Diversity chez HR, donne un autre exemple de l’utilité de «QueerNet CFF». «Les échanges avec l’équipe centrale de QueerNet CFF nous ouvrent les yeux sur des possibilités concrètes de positionner les CFF comme une entreprise de plus en plus ouverte. Faire figurer un couple homosexuel sur les cartes cadeau CFF en fait partie. De manière générale, nous devons être davantage conscients du fait que, jusqu’à présent, nous n’avons pas suffisamment reconnu et représenté la diversité de nos clients et de nos collaborateurs sur nos supports.»