Elle creuse un tunnel au cœur de la ville de Lausanne : Emilie Rascol

C’est un trou de molasse où chante un tunnelier: à Lausanne, en plein centre-ville, un chantier spectaculaire est en pleine activité. Son but ? Construire un tunnel qui reliera, 25 mètres sous terre, les deux extrémités de la gare de Lausanne. A la tête de la construction de cet ouvrage souterrain, Emilie Rascol, 35 ans, cheffe de projet CFF.

Emilie Rascol, 35 ans, cheffe de projet de la galerie à câbles de l’enclenchement de Lausanne, dans le cadre du projet Léman 2030.
Emilie Rascol, 35 ans, cheffe de projet de la galerie à câbles de l’enclenchement de Lausanne, dans le cadre du projet Léman 2030.

    Emilie Rascol aime la Suisse et son sol. Et plus particulièrement son sous-sol. Pour suivre la jeune cheffe de projet sur son chantier lausannois, il faut descendre un long escalier métallique circulaire collé à la paroi d’un puits de dix mètres de diamètre, et ne pas avoir le vertige. Une fois arrivé 25 mètres plus bas, on peut partir à la poursuite d’un micro-tunnelier, qui a déjà effectué 450 mètres de creuse, sur les 620 mètres que mesurera la galerie souterraine une fois achevée : un tube de trois mètres de diamètre, revêtu d’éléments en béton préfabriqués.

    C’est lors de ses études, alors qu’elle effectuait une thèse en géotechnique à l’EPFL à Lausanne, que cette Parisienne est tombée amoureuse de la Suisse, et de celui qui est devenu son mari. Depuis, elle a découvert le sous-sol helvétique à l’occasion de nombreux projets, au sein d’un bureau privé tout d’abord, et depuis 2012, aux CFF. Mais pourquoi creuser un tunnel à 25 mètres de profondeur sous la gare de Lausanne ? «Nous construisons une galerie qui abritera les centaines de kilomètres de câbles nécessaires au bon fonctionnement des futures installations de sécurité de la gare de Lausanne. Le tunnel reliera le nouvel enclenchement, qui se situera à l’est de la gare, et les installations techniques sur le terrain», détaille la cheffe de projet, qui n’est pas la seule femme que nous rencontrons sur le chantier.

    La cheffe de projet général Léman 2030 de l’enclenchement de Lausanne est aussi une femme, tout comme la cheffe des travaux du bureau d’ingénieur auteur du projet. « C’est plutôt rare en effet, c’est la première fois, mais on trouve de plus en plus de filles dans les disciplines techniques, et j’aimerais bien avoir davantage de temps à consacrer à la promotion de ce type de métiers au sein des hautes écoles », explique Emilie. Qui souligne également que les CFF sont plutôt en avance dans ce domaine.

    Emilie Rascol dans l’un des éléments préfabriqués de la nouvelle galerie à câbles qui passera sous la gare de Lausanne, avant qu’ils soient descendus sous terre.

      Pour la première fois de sa carrière, la jeune ingénieure se retrouve à la tête d’un projet de 12 millions de francs. Facile à gérer ? « Ce n’est pas vraiment plus difficile que pour un projet à deux millions », sourit Emilie, « Mais cela nécessite de toujours anticiper, d’y consacrer énormément de temps et surtout d’avoir une bonne dose de bons sens ! Et de garder en tête l’optique client ; nous allons bientôt commencer une creuse devant le Postomat de la place de la Gare, et il s’agit de prendre toutes les mesures pour que les clients ne subissent pas d’inconvénients. Mais c’est un travail passionnant, et ce n’est pas tous les jours qu’on a l’opportunité de mener un projet de tunnel au milieu de la ville de Lausanne ! »

      Ses loisirs, Emilie les consacre à la montagne, aux amis et à la lecture de romans. Et aussi à son petit garçon de deux ans. « Il viendra peut-être voir le tunnel durant les portes ouvertes des 23 et 24 septembre. A deux ans, c’est encore un peu tôt pour lui de comprendre ce que je fais comme travail, mais il joue souvent avec des jeux de construction… »

      Portrait :

      Emilie Rascol, 35 ans, cheffe de projet de la galerie à câbles de l’enclenchement de Lausanne, dans le cadre du projet Léman 2030.

      Un livre qu’elle recommande :

      « « L’effet Rosie ou le Théorème de la cigogne » de Graeme Simsion, parce que l’histoire qu’il raconte nous apprend à voir les choses sous un autre angle. »

      La chanson qu’elle fredonne ces temps :

      « J’écoute un peu de tout, mais mon fils a reçu un disque de découverte du reggae, et nous réécoutons avec plaisir Alpha Blondie et Bob Marley ! »

      Une série de portraits

      Celles et ceux qui construisent la mobilité de demain sur l’Arc lémanique est une série de portraits d’En route. Chaque mois, nous vous proposerons de faire connaissance avec celles et ceux qui, dans les bureaux, sur les chantiers ou dans les trains, relèvent les défis de la mobilité de demain en Suisse romande.